Crédit visuel – Benjamin Lebreton
La mort du Môme
“Enterrez-moi où j’aurai vécu.”
Voici les dernières volontés du Père. Une phrase en testament. Une nuit pour résoudre l’énigme de cet inconnu. Une nuit pour interroger les traces du paysage et le dilemme de la terre ; le pays natal face à celui qui accueille. Une nuit en héritage qui déchirera la famille, la société, et le corps du Môme.
Sébastien Kheroufi écrit parce que son père est mort. Parce qu’il l’a trouvé au sol dans un Centre d’Hébergement d’Urgence. Écrire les morts lui est plus facile que parler des vivants. C’est pour lui une manière de répondre à l’héritage laissé par le père et de dire à la société ce qu’elle leur a pris. Un enfant qui se tait devient un adulte qui hurle. Aller du silence au cri, sans haine — elle épuise. Longtemps, Sébastien Kheroufi a préféré se cacher derrière la littérature des autres. Aujourd’hui, il écrit pour les Mômes, pour celles et ceux construits par la honte, le silence et la rage. L’intime ne l’intéresse que lorsqu’il touche à une humanité commune.
À la mort de son père, à Paris, on lui dit de renoncer à l’héritage à cause des dettes. En Algérie, à Annaba où il repose, on lui dit qu’un mort les emporte dans la tombe. Ces paroles le hantent. Il a toujours refusé de retenir la date. Il se rappelle la nuit, l’orange que son père était en train d’éplucher, la télévision allumée, en permanence. Un dimanche de mai. Peut-être. Le chiffre, il l’a oublié.
Mettre en scène La mort du Môme avec les yeux d’un Môme, c’est déplacer la responsabilité vers l’héritage. L’enfant paie les fautes du père, de la famille et de la Cité. Héritier d’une nuit qui ne lui appartient pas. C’est cette succession obscure qu’il veut mettre en procès. La disparition du Père, c’est la mort du Môme : la perte d’un monde, la fin d’une ère, l’enterrement de tous les pères et de toutes les mères, le deuil d’une société qui tombe et que nous n’arrivons plus à pleurer.
Texte et mise en scène de Sébastien Kheroufi
Éditions Espaces 34
Avec Amine Adjina, Oulaya Amamra, Elodie Bouchez, Lou-Adriana Bouziouane, Casey, Ulysse Dutilloy-Liégeois, Benjamin Grangier, Reda Kateb et 3 interprètes en insertion professionnelle. Distribution en cours.
Collaboration à la dramaturgie Félix Dutilloy-Liégeois
Regard chorégraphique Nacera Belaza
Création lumière Marie Christine Soma et Diane Guerin
Scénographie Benjamin Lebreton & Sébastien Kheroufi
Préparation corporelle au dispositif scénique Nina Dipla
Sébastien Kheroufi est assisté par Louise Kretzschmar.
Construction décor atelier de La Colline – théâtre national et le Centre Pompidou
Crédits photographies du spectacle Christophe Raynaud de Lage
Production Compagnie La Tendre Lenteur
Co-productions La Colline – théâtre national, Festival d’Automne à Paris, Centre Pompidou, Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN du Val-de-Marne, Théâtre de Corbeil-Essonnes – Grand Paris Sud, Institut français, La Filature – Scène nationale de Mulhouse, TANDEM – Scène nationale, Les Célestins – Théâtre de Lyon, Théâtre de la Croix-Rousse
avec le soutien des Ateliers Médicis, de la MC93 – Maison de la culture de Seine-Saint-Denis et de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis
La compagnie La Tendre Lenteur est conventionnée par la DRAC Ile de France et par Région Île-de-France dans le cadre de l’aide à la permanence artistique et culturelle et subventionnée sur ce projet dans le cadre de l’aide à la création.
Durée environ 3h
À partir de 16 ans
